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               SYNTHESE DES PRINCIPAUX RESULTATS



Contexte général de l’enquête


Cette enquête a été réalisée dans le cadre d’un projet scientifique Européen, pour la partie française, elle était coordonnée par les laboratoires EDB et ECOLAB (CNRS et Université Paul Sabatier) de Toulouse en collaboration avec l’Institut Leibniz d’Ecologie Aquatique et de la Pêche (IGB) de Berlin en Allemagne dans le cadre du projet de recherche SalmoInvade. Elle a été réalisée avec le concours de la FNPF (Fédération Nationale de la Pêche en France) qui nous a fourni les coordonnées des AAPPMAs. De manière à pourvoir réaliser des comparaisons internationales, cette enquête a été menée de la même manière dans d’autres pays (Allemagne et Suède) qui ont parfois une organisation de la pêche différente.


Mise en place et réalisation de l’enquête


Sur la base de la liste des AAPPMAs de France fournie par la FNPF, le questionnaire a été envoyé en Septembre 2014 par voie postale (avec une enveloppe préaffranchie de retour) à un total de 808 AAPPMAs déterminées au hasard, soit environ 20% des AAPPMAs françaises par département. Deux courriers de relance ont ensuite été envoyés aux AAPPMAs n’ayant pas encore répondu en Décembre 2014 puis en Février 2015. Au printemps 2015, nous avons contacté individuellement par téléphone les AAPPMAs n’ayant pas encore répondu suite aux lettres de relance.


Avec cette approche, nous avons obtenu un retour total de 518 questionnaires (64 % des AAPPMAs sollicitées), soit 13,5% des AAPPMAs françaises. Le taux de retour était relativement homogène entre les départements de l’hexagone (Figure 1). Les questionnaires ont ensuite été saisis informatiquement afin de calculer des réponses pondérées pour chaque département en fonction du nombre de questionnaires reçus et du taux de réponse. Les personnes ayant répondu aux questionnaires sont dans 90 % des cas les Présidents des AAPPMAs eux-mêmes, suivis par les autres membres du bureau (Secrétaire et Trésorier).


           


Figure 1 : Pourcentages de réponses aux questionnaires pour chaque département.



Partie 1 : caractéristiques des AAPPMAs et problématiques de gestion


En moyenne, les AAPPMAs ayant répondus au questionnaire avaient 408 adhérents et étaient en charge de la gestion de 97,5 ha de milieux aquatiques (cours d’eau et plans d’eau confondus). 37 % des cours d’eau et 20 % des plans d’eau gérés par les AAPPMAs étaient en 1ere catégorie, avec une forte variation entre départements liée certainement aux spécificités des réseaux hydrographiques (Figure 2).




Figure 2 : Pourcentages de cours d’eau (gauche) et de plans d’eau (droite) en 1ere catégorie dans chaque département.


Dans l’ensemble, une tendance à la diminution du nombre d’adhérents au cours des 5 dernières années a été reportée. Concernant les principales difficultés relatives à la gestion des populations de poissons et des milieux aquatiques, elles étaient principalement en lien avec l’hydrologie et la fragmentation des habitats (25 %), la pollution et la qualité de l’eau (15%), la vie associative et le budget (13%), le fonctionnement écologique des milieux et des populations de poissons (11%), les oiseaux prédateurs (9%) et la surexploitation et le non-respect de la règlementation (9%).


Concernant les dépenses réalisées par les AAPPMAs, 65% du budget était consacré aux repeuplements, suivis par l’entretien des habitats (14 %), les baux de pêche (13 %) et l’amélioration des habitats (8%). Concernant les dépenses allouées aux repeuplements, il semble exister une forte variation géographique entre départements (Figure 3). Une majorité des personnes ayant répondu aux questionnaires ont souligné l’importance de la protection du milieu aquatique par rapport à l’activité halieutique uniquement et que les populations de poissons n’étaient pas uniquement perçues comme une ressource alimentaire pour l’Homme. Concernant l’état des milieux aquatiques, une majorité des personnes ayant répondu a souligné qu’elle percevait la destruction des habitats et les activités extérieures à la pêche comme néfastes pour les populations de poissons et que la pêche à la ligne n’était pas perçue comme une des causes principale de déclin des populations de poissons d’eau douce.


          


Figure 3 : Pourcentages du budget annuel des AAPPMAs alloués aux dépenses de repeuplement dans chaque département.


Partie 2 : Outils de gestion et de repeuplement des AAPPMAs


Il apparaît que les repeuplements, la limitation des captures quotidiennes et l’entretien des berges étaient les mesures de gestion les plus fréquemment utilisées et privilégiées par les AAPPMAs. Les mesures relatives à la création d’habitats (zones de réserves, de reproduction, de refuges contre la prédation ou de frayères artificielles) étaient également mentionnées. Concernant les mesures de gestion potentiellement réalisables dans un futur proche au sein des AAPPMAs, l’augmentation des repeuplements et la mise en place de mesures d’amélioration des habitats étaient les plus facilement réalisables alors que l’arrêt des repeuplements et la limitation des efforts de pêche étaient les plus difficilement réalisables. 98% des AAPPMAs ayant répondu avaient déjà effectuées des repeuplements par le passé.


Les raisons motivants la mise en place de repeuplement étaient nombreuses (Figure 4) mais principalement liées à l’augmentation de la satisfaction des membres des AAPPMAs, à l’augmentation de l’attractivité halieutique des milieux aquatiques pour les pêcheurs et à la compensation des captures par les pêcheurs d’espèces populaires sur le plan halieutique. Globalement, il semble que les adhérents des AAPPMAs ont un bon niveau de satisfaction concernant les mesures de repeuplement, les populations de poissons et les captures de poissons. Enfin, 10 % des AAPPMAs ont répondu qu’elles possédaient leur propre pisciculture, écloserie ou étang. Dans ces installations, elles produisent principalement de la truite commune, du brochet, du gardon, de la truite arc-en-ciel, de la tanche, de la carpe et du sandre.




Figure 4 : Raisons motivant la mise en place de repeuplement au sein des AAPPMAs.



Partie 3 : Investissement des AAPPMAs dans les repeuplements


Les motivations relatives à la prise de décision de réaliser des repeuplements reposaient principalement sur les attentes des adhérents, l’augmentation des populations de poissons et le succès de repeuplements similaires réalisés par le passé. Au contraire, les obligations légales ou imposées (néanmoins peu présentes en France) et les offres de poissons dans des piscicultures n’étaient pas des éléments de motivations pour la réalisation de repeuplements. Le choix de la pisciculture pour se fournir en poissons reposait principalement sur son sérieux et sa fiabilité, l’existence de certificats sanitaires pour les poissons, un transport des poissons le plus court possible pour limiter leur stress et des conditions de reproduction en pisciculture proches des conditions naturelles. La disponibilité de poissons de grandes ou petites tailles ou la disponibilité de poissons génétiquement diversifiés étaient des critères nettement moins importants pour le choix de la pisciculture.


Globalement, l’efficacité des repeuplements n’est pas ou peu suivie par les AAPPMAs (Figure 5). Lorsque des suivis d’efficacité sont réalisés, ils le sont par des suivis des captures par les pêcheurs, des informations sur les captures et des suivis réguliers des populations de poissons (Figure 5). Les sources d’informations utilisées par les AAPPMAs pour se renseigner sur les développements en termes de repeuplement et sur les bases biologiques du repeuplement étaient principalement basées sur des discussions entre pêcheurs et avec des adhérents de l’AAPPMA, des informations sur les captures par les membres de l’AAPPMA et des discussions avec les Fédérations Départementales ou l’ONEMA. Les recommandations ou brochures officielles sur le repeuplement, des discussions avec des scientifiques ou des experts indépendants et la participation à des conférences ou séminaires étaient les sources d’informations les moins utilisées. Globalement, le développement des plans de repeuplement implique principalement des membres des AAPPMAs, du Président, aux membres du bureau, et aux adhérents directement en charge des repeuplements. 




Figure 5 : Méthodes mises en place pour le suivi de l’efficacité des repeuplements.


Partie 4 : Développements et perspectives concernant les repeuplements dans l’AAPPMA


Au cours des 10 dernières années et en prenant en compte toutes les espèces utilisées en repeuplement, il semble que la quantité de poissons utilisée en repeuplement a légèrement diminué même s’il existe une forte variabilité dans cette tendance entre les AAPPMAs. Si elles en avaient la possibilité dans le futur, les AAPPMAs souhaiteraient augmenter les repeuplements en alevins et juvéniles et réduire les repeuplements en gros spécimens pouvant être rapidement capturés et en espèces prédatrices. Concernant les changements possibles dans les mesures de repeuplement dans les 5 prochaines années (Figure 6), la réponse la plus fréquente est une réduction des repeuplements. Les réponses classées parmi “les plus improbables“ sont le repeuplement de nouvelles espèces et un arrêt total des repeuplements. Même si cela reste peu probable dans la plupart des réponses, si de nouvelles espèces devaient être introduites, il s’agirait de poissons carnassiers (black-bass, sandre et brochets) et de Salmonidés (truite commune et ombre commun).




Figure 6 : Changements possibles dans les mesures de repeuplement dans les 5 prochaines années.


Partie 5 : Perception des personnes répondant sur la gestion des populations de poissons et repeuplements


Les personnes ayant répondu aux questionnaires ont indiqué avoir suivi des formations relatives à leur fonction dans les AAPPMAs dans 12% des cas. En moyenne, ces personnes consacrent 48 jours de travail bénévole pour leur AAPPMA. Concernant la mise en place des repeuplements dans les AAPPMAs, il semble que les éléments les plus importants pour leur réalisation sont l’attente des adhérents de l’AAPPMAs et des pêcheurs et que la qualité des saisons de pêche n’influence pas les mesures futures de repeuplement. Il apparaît également que les pêcheurs et les membres des bureaux des AAPPMAs soient en accord sur les pratiques de repeuplement qui sont réalisées de manière très visible.


Les personnes ayant répondu aux questionnaires ont indiqué qu’elles avaient une forte implication personnelle dans les repeuplements et que ceux-ci augmentaient la satisfaction des adhérents. Les repeuplements étaient perçus par la majorité des personnes ayant répondu aux questionnaires comme des mesures de gestion utiles et appropriées pour les milieux aquatiques et qui peuvent avoir des effets importants sur les populations de poissons. Globalement, les personnes ayant répondu aux questionnaires ont indiqué que la situation générale au sein de leur AAPPMA était bonne, que ce soit en termes de relations avec d’autres acteurs halieutiques, de climat social ou de situation financière. De manière globale, un bilan très positif de l’état des populations de poissons et des milieux aquatiques a été également fait par les AAPPMAs ayant répondu aux questionnaires (Figure 7).




Figure 7 : Perception de la situation de l’AAPPMA.



Partie 6 : Evaluation globale des repeuplements effectués en France


La question 20 du questionnaire était relative aux pratiques de repeuplement et avait pour objectif de comprendre les pratiques, que ce soit en termes d’espèces cibles, de tailles des poissons utilisés, de quantités utilisées et de type de milieu aquatique (cours d’eau ou plans d’eau et catégorie). En utilisant les informations recueillies ici et des modèles statistiques, nous avons pu fournir une évaluation globale des pratiques de repeuplement pour l’ensemble des AAPPMAs de France en se basant sur des estimations indépendantes pour chaque département. Au total, les AAPPMAs ayant répondu aux questionnaires ont indiqué utiliser 22 espèces de poissons pour les mesures de repeuplements (Tableau 1).


Tableau 1 : Liste des espèces utilisées en repeuplement.


                    


Nos analyses ont permis de fournir une estimation de 2032 tonnes (estimation basse: 1864 tonnes ; estimation haute : 2660 tonnes) de poissons utilisés dans les repeuplements par an en France (dont environ 56 % de Salmonidés). Ces estimations représentent environ 90 millions de poissons ([75 – 130]) utilisés chaque année en France par les AAPPMAs pour les repeuplements.


Au niveau des espèces, la truite arc-en-ciel domine les repeuplements avec 689 tonnes estimées en moyenne (point sur la Figure 8), avec une estimation basse de 652 tonnes (ligne basse sur la Figure 8) et une estimation haute de 741 tonnes (ligne haute sur la Figure 8). Elle est suivie de la truite commune (462 tonnes [441-504]), du gardon (381 tonnes [327-471]), de la carpe commune (192 tonnes [169-585]), du brochet (132 tonnes [120-147]) et de la tanche (58 tonnes [53-111]) (Figure 8).


                               


Figure 8 : Evaluation des biomasses totales utilisées en repeuplement par les AAPPMAs pour chaque espèce principale. Pour la truite commune par exemple, nous estimons que l’espèce représente 462 tonnes (point noir) avec un intervalle de confiance de l’estimation entre 441 tonnes (ligne basse) et 504 tonne (ligne haute).


Globalement, les Salmonidés (truite commune, truite arc-en-ciel, saumon de fontaine, saumon atlantique, omble chevalier, ombre commun) dominent donc les repeuplements en biomasse (1169 tonnes [1108-1275]) suivis par les Cyprinidés (poissons blancs tels que la carpe commune, le gardon ou la tanche = 659 tonnes [572-1101]) et les poissons carnassiers (brochet, sandre, perche, black-bass = 202 tonnes [182-281]) (Figure 9). Nos analyses ont également permis de démontrer l’existence d’une variabilité géographique assez forte entre départements dans les repeuplements réalisés pour chacun de ces groupes d’espèces de poissons (Figure 10).


Concernant les différences de pratique de repeuplement entre plan d’eau et cours d’eau et en focalisant sur les biomasses de poissons, les Cyprinidés sont majoritaires en plan d’eau, suivis de la truite arc-en-ciel. Les Salmonidés dominent les repeuplements en cours d’eau. En 1ere catégorie, les repeuplements sont dominés par la truite commune suivie de la truite arc-en-ciel et ces deux espèces représentent la quasi-totalité des repeuplement effectués en 1ere catégorie. En 2eme catégorie, les peuplements sont dominés par les Cyprinidés suivis par la truite arc-en-ciel.


                   


Figure 9 : Evaluation des biomasses utilisées (tonnes) dans les repeuplements pour les Salmonidés, les Carnassiers et les Cyprinidés. 





Figure 10 : Evaluation des biomasses utilisées dans les repeuplements par Département pour les Salmonidés (gauche), les Carnassiers (centre) et les Cyprinidés (droite).




                                CONCLUSION


Pour la première fois en France, une étude scientifique a permis de fournir une évaluation à la fois qualitative et quantitative de la gestion des milieux aquatiques continentaux et des populations de poissons d’eau douce en France par les AAPPMAs et plus particulièrement sur les mesures de repeuplement. Il ressort de cette première étude que:


- Les repeuplements sont extrêmement communs au niveau des AAPPMAs en France


- Les mesures de repeuplement représentent la principale mesure de gestion mise en place par les AAPPMAs, avec un coût économique important (65% de leur budget annuel en moyenne).


- Les suivis de l’efficacité et des rendements (coûts /bénéfices) des repeuplements sont globalement rares.


- Les repeuplements se focalisent uniquement sur certaines espèces de poissons et ils sont fortement hétérogènes entre départements en termes de quantité et de qualité


- Ces variations certainement causées par des pratiques halieutiques et des choix de gestion locale ou en raison des caractéristiques des milieux aquatiques.


- Ces mesures de repeuplement sont plus destinées à satisfaire la demande halieutique qu’à compenser un déclin des populations naturelles qui sont par ailleurs souvent considérées plutôt en bon état par les AAPPMAs.